• Nicolas Prompt

Expédition du Phare du bout du monde.

Expédition de mars 2019...


Grand départ

Nous avons embarqué sur le voilier Podorange samedi 16 mars 2019. L'idée de Brice, le capitaine, est que tout le monde dorme à bord pour un départ le dimanche matin au petit jour. Mais la dépression qui devait s'évacuer rapidement dans la journée de samedi s'est attardée sur le Horn.



Photo Martine Perdrieau


Le vent restant fort, Brice préfère reporter notre départ d'un jour pour protéger notre équipe des mauvaises conditions de mer qui règnent au Cap Horn. Pour le premier jour de navigation pas la peine d'aller au baston !!

Lundi 18 mars, la fenêtre météo est favorable. Dans ce coin du monde et en fin de saison estivale, c'est préférable ! Dans le Canal Beagle, un petit vent d'ouest pousse gentiment Podorande sur une cinquantaine de miles.


Photo Claire Montenay


Au cap San Pio, à la sortie du canal le vent est toujours plus fort. Il nous cueille à froid. Il reste une houle formée de sud de la dernière dépression qui nous arrive par le travers et qui croise avec une mer qui grossit avec les quarante nœuds de vent qui nous arrive de l'arrière. Le bateau danse dans tous les sens, ce qui génère à bord un grand mouvement vers les couchettes et les bannettes ! L'équipage étant au trois quarts décimé par le mal de mer nous décidons de nous arrêter dans la nuit à Puerto Espagnol pour attendre que la mer et le vent se calment. Au fond de la baie nous entendons dans la nuit les rouleaux qui déferlent sur la plage. Le mouillage tient bon. Nous sommes bien abrités du vent mais la houle rentre et le bateau roule un peu. Nous sommes nettement mieux à l'ancre que dehors dans le grand vent.

Le lendemain après un bon repas, toute l'équipe est d'attaque pour repartir. Moteur pour commencer le long de la Péninsule puis le vent arrive avec une succession de petits grains. Nous déroulons yankee et trinquette. Le vent est faible quand nous doublons le cap Buen Suceso. Les quarts de nuit sont frais dans le cockpit mais le spectacle est grandiose. La lune joue avec les nuages nous offrant un spectacle d'ombres et de lumières métalliques. Le bateau file sur une mer à peine agitée. Nous traversons le détroit de Le Maire, à 12 nœuds sur le fond, au prés, entraînés par un fort courant vers l'île des États.

Mardi 19 mars à la nuit tombée nous ancrons dans le fond du fjord à Puerto Capitan Canepa.

Au lever du jour, nous avons apprécions le spectacle grandiose de l'île, avec ses sommets pointus dressés au dessus d'une végétation tourmentée et exubérante. Nous changeons de place pour un petit mouillage extraordinaire dans une langue de mer, au pied d'une falaise d'une cinquantaine de mètres. De nuit il était compliqué d'y mouiller car il faut descendre à terre pour amarrer l’arrière du bateau à des troncs d'arbres avec de longues aussières.

Nous organisons une sortie à terre. Je voudrais me rendre compte de l'impact sur la végétation que peuvent avoir les chèvres et les cerfs qui ont été importés sur l'île voilà de nombreuses années. Nous trouvons des traces de passage un peu partout mais la végétation ne nous donne pas l'impression d'en souffrir.

Quels paysages !!! Nos pas sont lourds dans la tourbe qui borde la rivière. Plus loin nous entrons dans une forêt de hêtres et de canelos,dont les graines donnent un poivre prisé sur les rives du canal Beagle. Le dénivelé est important. A la sortie de cette végétation luxuriante aux verts éclatants, vers les 300 mètres d'altitude, c'est un monde minéral qui nous accueille dans lequel une succession de lacs tombent les uns dans les autres. Quel spectacle !!!


Rapatriement

Jeudi matin, Cany, l'artiste argentin que nous avons emmené avec nous n'ést pas bien. Après examen, Ariane, la doctoresse qui fait partie de l'expédition nous demande à Brice, notre capitaine, et à moi, chef de l'expédition, de faire demi-tour pour ramener chez lui notre illustrateur. Décision difficile a prendre mais nous suivons l'avis du médecin. Le 22 au matin nous prenons donc le chemin du retour. Pas de vent. Moteur 1500 tours. Nous luttons contre le courant dans le Détroit de Le Maire. Vitesse 2,2 nœuds sur le fond. La traversée s'éternise. Il nous faudra 30 heures au moteur pour gagner Harberton. Estancia historique située sur le canal Beagle à une trentaine de milles avant Ushuaïa.



Photo Claire Montenay


Nous gagnons du temps à déposer Cany dans cette estancia. Sol, sa femme viendra le chercher en voiture. Cany débarque à contrecœur. Il se sent en pleine forme, pas plus malade que d'habitude. Nous lui avons promis de faire plein d'images pour qu'à notre retour il puisse poursuivre son travail d'illustration de l'expédition.

Immédiatement, nous refaisons route vers l'île des États. L'apparition d'un groupe de baleines au large du Cap San Pio que nous suivrons pendant une heure, est venu remonter le moral de l'équipage triste d'avoir laissé l'un des sien à terre.

Nous avons traversé une troisième fois le Détroit de Lemaire et ses courants dans de bonne conditions. Petit vent pour longer la côte sud de l'île des États. Heureusement que Podorange, le voilier de l'expédition est un bateau très marin, confortable et véloce. Avant le lever du jour nous doublons le Cap San Juan de Salvamento et le Phare du Bout du Monde. Nous ne voulons pas rentrer de nuit dans le fjord San Juan alors nous profitons du courant favorable et continuons en direction de Puerto Cook à quelques miles de là.. Nous espérons y voir quelques manchots royaux. J'y suis passé début février et, sur la plage de gros galets, j'en avais rencontré trois. Peut être y a-t-il une petite colonie ?

Déception !

Plus une trace des manchots.


Travaux


Photo Claire Montenay


Nous sommes arrivés aux pieds du Phare du Bout du Monde dimanche 24 mars vers 16h, sous un ciel plombé. Les nuages étaient très bas, couvrant tous les sommets alentours.

Le temps d'ancrer, de mettre le zodiac à l'eau et de monter au Phare, le ciel s'est dégagé. Le soleil a fait son apparition.



Photo Nicolas Prompt


Magique !

Magnifique !

Le débarquement des outils a commencé tôt lundi matin. Une partie par le chemin habituel : départ depuis la plage par un escalier qui permet de gravir un premier talus de 8 mètres de dénivelé sans risque de glissade. Ensuite c'est un chemin sinueux incrusté dans la tourbe qui nous mène au phare distant de 1,5 km.

Pour le groupe électrogène et les outils lourds, nous pensons que de passer directement par la falaise, aux pieds du phare, va nous faire gagner du temps et surtout nous éviter de porter tous ce matériel sur le long chemin. Voie jamais empruntée, plus courte en distance... mais bien plus périlleuse et technique. L'exercice a réchauffé tout le monde !


Photo Daniel Nouraud


Au Phare, l'équipe s'est divisée en deux ateliers. Un groupe pour le changement du système de lumière, un autre pour l'érection du mur mémoriel. Tournevis et scie pour les uns, pioche, pelle et perforateur pour les autres...

Pour le changement du système de lumière, la difficulté résidait dans le fait de passer de 8 panneaux solaires pour alimenter la lumière du Phare à 2. Il a fallu démonter tous les supports des panneaux d'origine, et trouver une présentation harmonieuse et techniquement réalisable avec les outils et le matériel présent.


Photo Martine Perdrieau


Après les avoir testés, nous avons décidé de conserver 2 panneaux d'origine pour alimenter les deux lampes installées dans le Phare. Nous avions donc à installer 4 panneaux. Les deux nouveaux étant plus hauts et plus larges que les anciens, nous avons décidé de les présenter à l'horizontale, encadrés par les deux anciens à la verticale. Après modification, il y a donc deux systèmes indépendants, avec panneaux solaires, délesteur, batteries et lampes.


Photo Martine Perdrieau


Pour le mur mémoriel, il a fallu trouver le bon emplacement sur place, abrité du vent, pas trop visible depuis la mer pour ne pas masquer le Phare, et surtout, avec un support solide. Le premier travail de l'équipe du mur a donc été de dégager la tourbe et trouver de la roche aux endroits d'ancrage des pieds du mur.



Lundi soir, au terme d'une magnifique journée australe, fraîche mais ensoleillée, les deux chantiers étaient bien avancés et les membres des deux équipes bien fourbus !

La journée du 26 a été la plus dure. Une journée typique du coin, grise, humide et ventée, minant le moral des troupe, accentuant les sensations de courbatures, la hauteur du relief...

Nonobstant, tous les membres de l'équipe ont mis du leur pour faire avancer les chantiers.



Photo Daniel Nouraud




La douche chaude offerte par le capitaine le soir sur le bateau a été un luxe (en bateau l'eau est utilisée avec parcimonie... et l'eau chaude plutôt rare) très apprécié !


Mercredi 27, le temps est frais et sec de nouveau. Soleil. Le moral est au plus haut. Dernière ligne droite pour les deux chantiers.

L'équipe de la lumière a pu peindre les zones mises à nu par le changement de taille des supports des panneaux solaires.



Photo Martine Perdrieau                     Photo Daniel Nouraud


L'équipe du mur finalise l'esthétique générale du mur : il faut que les espaces entre les planches soient identiques et dans l'espace imparti. Ils démontent une première pose pour positionner une planche plus large au centre du mur. Impeccable !





Photo Martine Perdrieau                     Photo Martine Perdrieau                     Photo Daniel Nouraud                     Photo Martine Perdrieau


Guillaume, qui avait posé les tôles de zinc en 1998 monte inspecter le toit et trouve d'où vient la fuite que nous avons repéré le long du poteau central dans le Phare. Usure d'une pièce en zinc. Nous refaisons l’étanchéité. Problème résolu.



Photo Daniel Nouraud


A midi, nous descendons une première rafale d'outils et de chutes de bois à la plage où nous faisons un bel asado argentin. Le reste de l'après midi est dédié au ménage.

Fin du chantier officielle avec la pose de la plaque commémorant la reconstruction du Phare du Bout du Monde en 1998 sur le mur tout neuf. Le bouchon de la bouteille de champagne saute.



Photo Daniel Nouraud


L'équipe au complet va passer la nuit dans le Phare, s'endormant au rythme des éclats de lumière qui dessinent les ombres de la charpente sur les murs !




Photo Nicolas Prompt



Retour vers Ushuaïa

Jeudi 28 mars, retour matinal sur Podorange. Nous quittons le mouillage pour Puerto Hopner au nord-ouest de l'île des États.

Un port naturel très fermé et normalement bien protégé. Nous allons attendre 36 heures le temps de laisser passer un gros coup de vent. Des rafales allant jusqu'à 67 nœuds (130Km/h) ont dévalé du flan des montagnes. Podorange a eu du mal à tenir sur son mouillage avec un tel vent. Nous avons du faire de nuit des quarts de mouillage pendant la nuit. Au petit matin le vent a tourné de180 °. Nous avons du remouiller l'ancre qui dérapait.

Lundi premier avril. Le vent est faible. Le moteur tourne à 1500 tours. Un petit courant nous est favorable. Nous franchissons le Détroit de Lemaire pour la quatrième fois, à 5 nœuds.


Photo Nicolas Prompt


Nous remontons le long de la péninsule au moteur dans un froid hivernal et sous le crachin. Avec un vent de 5 nœuds d'ouest dans le nez et un courant contraire d'ouest de 1,5 nœuds, nous n'avançons pas vite. Depuis la pointe sud de Buen Suceso notre vitesse est de 2 nœuds sur le fond. Nous rentrons dans le Canal Beagle au petit matin. Toujours pas de vent... Moteur. Vers midi, nous arrivons en vue d'Ushuaïa. Léger et heureux d'avoir réussi à faire tout ce que nous avions prévu.


Terrible nouvelle

Dés que les téléphones captent le réseau, nous apprenons la terrible nouvelle... Cany est décédé hier dimanche d'une crise cardiaque! A peine amarré au ponton du Club Afasyn d'Ushuaïa, tout l'équipage se rend au funérarium où se termine la veillée funèbre. Nous sommes arrivés à temps pour un dernier salut à l'artiste. Salut à toi Cany !!!

Puis il a fallu ranger le bateau et refaire nos sacs pour le voyage de retour.


Texte de Claire Montenay

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